Assassin’s Creed raconte une guerre secrète, mais son conflit le plus durable n’est pas simplement « Assassins contre Templiers ». Il oppose deux visions du monde : faut-il accepter les risques du libre arbitre ou réduire cette liberté pour construire une société plus stable ? Cette tension traverse les époques, les personnages et même le rôle des technologies Isu.
La position des Assassins : protéger la capacité de choisir
Les Assassins partent du principe que l’humanité doit pouvoir déterminer elle-même son avenir. Ils savent que la liberté peut produire erreurs, conflits et injustices. Leur position n’est donc pas que les humains choisissent toujours correctement, mais qu’aucune autorité ne devrait posséder le droit absolu de choisir à leur place.
Le Credo encadre cette liberté par la responsabilité. Un Assassin n’est pas censé agir sans limite ; il doit comprendre les conséquences de ses actes et éviter de devenir lui-même ce qu’il combat.
La position templière : la paix par la structure
Les Templiers observent le même monde et tirent une conclusion différente. Les sociétés humaines sont instables, facilement manipulables et régulièrement entraînées dans la violence. Une direction rationnelle et centralisée leur paraît donc préférable à une liberté qui peut dégénérer en chaos.
Cette philosophie explique pourquoi ils sont attirés par les institutions puissantes et par les Fragments d’Éden. Si la technologie permet d’éliminer une partie de l’incertitude humaine, elle peut sembler constituer l’outil ultime de leur projet.
Pourquoi aucun camp n’est présenté comme parfaitement simple
Les meilleurs récits de la franchise montrent que chaque idéologie possède ses dérives. Des Assassins peuvent confondre liberté et absence de responsabilité. Des Templiers peuvent partir d’un désir de paix avant de justifier des méthodes autoritaires. Des individus peuvent également changer de camp ou remettre en cause la manière dont leur organisation applique ses principes.
Cette nuance donne au conflit sa longévité narrative. Si l’un des deux camps était uniquement composé de héros et l’autre de caricatures, le débat ne pourrait pas traverser plusieurs millénaires de récit.
« Rien n’est vrai, tout est permis »
La maxime des Assassins résume cette complexité. Elle invite à remettre en question les vérités imposées et rappelle que l’absence de certitude absolue augmente la responsabilité de celui qui agit. Être libre ne dispense pas d’éthique ; cela oblige à la construire consciemment.
Les Fragments d’Éden : le débat devient concret
Une Pomme d’Éden rend la question philosophique immédiatement pratique. Si un objet peut réduire les conflits en influençant les volontés, son utilisation pourrait produire une société plus ordonnée. Mais les individus qui la composent seraient-ils encore libres ?
Voir notre dossier sur la Pomme d’Éden.
Un conflit plus ancien que les deux ordres
La saga inscrit cette tension bien avant la naissance institutionnelle des Assassins et des Templiers. La rébellion d’Adam et Ève contre la domination Isu donne déjà au thème du libre arbitre une place structurante.
Les organisations historiques peuvent donc être vues comme des héritières de réponses différentes à une question beaucoup plus ancienne : qui doit décider du destin humain ?
Pourquoi cette philosophie s’adapte à toutes les époques
À l’Antiquité, le contrôle passe par des cultes, des élites et des empires. Au Moyen Âge, il peut passer par des ordres et des pouvoirs religieux ou politiques. À l’époque industrielle puis moderne, il s’exerce aussi par les institutions, l’économie, l’information et la technologie.
C’est pourquoi Abstergo peut être l’héritière idéologique des Templiers sans avoir besoin de reproduire leur apparence médiévale.
La vraie question posée au joueur
Assassin’s Creed ne demande pas uniquement quel camp gagnera. Il demande quel prix une société est prête à payer pour la sécurité, quelle quantité d’incertitude accompagne nécessairement la liberté et qui peut légitimement fixer cette limite.
Cette question reste pertinente quelle que soit l’époque visitée, ce qui explique qu’elle constitue le cœur durable de la franchise.




