Assassin’s Creed Origins transporte le joueur dans l’Égypte ptolémaïque à partir de 49 av. J.-C., quelques années avant la fin de la dynastie fondée après les conquêtes d’Alexandre le Grand. Le pays est alors traversé par une crise politique majeure : Cléopâtre VII et son frère Ptolémée XIII se disputent le trône, tandis que Rome intervient de plus en plus directement dans les affaires égyptiennes.
Ce dossier du Pilier 3 — Histoire réelle vs Assassin’s Creed sépare le cadre historique de la fiction de Bayek et Aya. Nous allons distinguer les souverains et événements attestés, les reconstitutions plausibles d’Alexandrie et de l’Égypte, les simplifications nécessaires au monde ouvert et les éléments inventés pour raconter la naissance des Hidden Ones.
Quelle Égypte Origins représente-t-il ?
L’Égypte d’Origins n’est pas celle des pharaons bâtisseurs des grandes pyramides. Au Ier siècle av. J.-C., les pyramides de Gizeh sont déjà des monuments très anciens. Le royaume est dirigé depuis près de trois siècles par la dynastie lagide, ou ptolémaïque, issue de Ptolémée Ier, l’un des généraux d’Alexandre le Grand.
Cette dynastie règne depuis Alexandrie et mêle traditions grecques et égyptiennes. Les élites de la cour utilisent largement la langue et les usages grecs, tandis que les souverains adoptent aussi les codes religieux et symboliques du pouvoir pharaonique. Origins exploite précisément cette coexistence : temples égyptiens, villes hellénisées, communautés grecques, population rurale et présence romaine se superposent dans un même monde.
49 av. J.-C. : une crise dynastique bien réelle
Au début du jeu, Cléopâtre VII et Ptolémée XIII sont engagés dans une lutte pour le pouvoir. Tous deux ont réellement régné sur l’Égypte et leur rivalité a débouché sur une guerre civile. Cléopâtre, écartée du pouvoir, cherche à reprendre sa place tandis que le camp de Ptolémée contrôle Alexandrie.
La chronologie choisie par Ubisoft est donc historiquement très riche. Elle permet de faire croiser le récit avec la guerre civile romaine entre Jules César et Pompée. Après sa défaite face à César, Pompée fuit vers l’Égypte en 48 av. J.-C., où il est assassiné. César arrive ensuite à Alexandrie et se retrouve impliqué dans le conflit dynastique égyptien.
Cléopâtre VII : personnage historique, rôle romancé
Cléopâtre VII est bien la souveraine historique représentée dans le jeu. Elle appartient à la dynastie ptolémaïque et cherche effectivement à restaurer son pouvoir face à Ptolémée XIII. Son alliance avec Jules César joue un rôle déterminant dans la suite du conflit.
Origins prend toutefois d’importantes libertés lorsqu’il place Bayek et Aya au cœur de cette lutte. Le soutien clandestin des futurs Hidden Ones à Cléopâtre, leurs missions secrètes et leur influence directe sur les grands événements appartiennent à la fiction Assassin’s Creed. Le jeu utilise une figure réelle et une crise réelle, puis insère ses protagonistes dans les espaces que l’histoire documente moins précisément.
Ptolémée XIII et la guerre d’Alexandrie
Ptolémée XIII n’est pas une invention non plus. Il partage d’abord officiellement le pouvoir avec Cléopâtre avant que leur rivalité ne s’aggrave. La guerre d’Alexandrie, l’intervention de César et la défaite du camp de Ptolémée appartiennent à l’histoire.
Le jeu simplifie cependant les réseaux d’alliances et les responsabilités afin de rendre le conflit lisible. Les décisions politiques sont souvent reliées à l’Ordre des Anciens, organisation fictive qui donne au joueur un adversaire cohérent. Historiquement, la crise ne dépend pas d’une seule société secrète : elle résulte d’intérêts dynastiques, militaires, économiques et romains beaucoup plus complexes.
Jules César : une présence historique logique
L’arrivée de Jules César en Égypte est solidement attestée. César poursuit Pompée après la bataille de Pharsale et intervient ensuite dans le conflit entre Cléopâtre et Ptolémée XIII. Son alliance avec Cléopâtre contribue à rétablir cette dernière sur le trône.
Assassin’s Creed transforme cette intervention en pièce d’une intrigue secrète plus vaste. Aya peut rencontrer César et agir à proximité de décisions historiques majeures, mais son rôle personnel dans ces événements est fictif. Le jeu respecte ainsi la présence et l’importance de César tout en réécrivant les coulisses.
Alexandrie : l’un des grands succès historiques d’Origins
Alexandrie est au cœur du royaume ptolémaïque. Fondée par Alexandre le Grand, elle devient l’un des principaux centres politiques, commerciaux et intellectuels de la Méditerranée. Origins reconstitue une ville monumentale où se côtoient port, palais, quartiers urbains, temples et monuments célèbres.
Le phare d’Alexandrie, la tradition de la grande bibliothèque et le complexe royal font partie des éléments emblématiques utilisés pour donner à la ville son identité. Il faut néanmoins garder en tête qu’une grande partie de l’Alexandrie antique a disparu ou reste difficile à restituer précisément. Ubisoft combine donc données archéologiques, sources historiques et hypothèses de reconstitution.
La valeur de ce travail est suffisamment reconnue pour que les environnements d’Origins aient servi à des projets pédagogiques et muséaux autour de l’Égypte ptolémaïque. Cela ne signifie pas que chaque rue du jeu est certaine historiquement, mais que la reconstruction s’appuie sur une démarche documentaire sérieuse.
Les pyramides, Memphis et le reste du pays
Origins compresse une immense partie de l’Égypte en un monde ouvert jouable. Les distances entre Alexandrie, Gizeh, Memphis, le Fayoum et les oasis sont donc considérablement réduites. Les déplacements à cheval ou en bateau ne correspondent pas au temps réel qu’aurait exigé un tel voyage.
Cette compression est une liberté de gameplay plutôt qu’une erreur historique. Elle permet de montrer plusieurs paysages et cultures régionales sans imposer au joueur des jours de trajet. Le même principe vaut pour la densité des villages, la taille des villes et la proximité des monuments.
Bayek est-il un vrai Medjaÿ ?
Bayek est un personnage fictif. Le terme Medjaÿ, en revanche, a une histoire réelle dans l’Égypte ancienne, mais son sens a évolué au fil des siècles. À certaines périodes, il désigne des groupes liés à la Nubie ; à d’autres, il est associé à des fonctions de police ou de sécurité.
Le statut de Bayek dans Origins est donc une réinterprétation destinée à fournir au héros une fonction de protecteur du peuple. Il ne faut pas considérer que l’Égypte ptolémaïque de 49 av. J.-C. possédait exactement l’institution décrite par le jeu sous cette forme. Ubisoft reprend un terme authentique et lui donne une continuité narrative adaptée à son personnage.
Aya, les Hidden Ones et la naissance des Assassins
Aya, comme Bayek, appartient à la fiction de la franchise. La création des Hidden Ones à cette époque est un élément du lore Assassin’s Creed, pas un événement historique attesté. Le jeu relie leur naissance aux bouleversements politiques de la fin de l’Égypte ptolémaïque afin de donner une origine crédible à la future Confrérie.
Cette couche fictionnelle est développée dans nos dossiers consacrés à Bayek de Siwa, à Aya / Amunet et aux Hidden Ones. Le rôle du présent article est différent : comprendre le terrain historique sur lequel Ubisoft installe cette origine fictive.
Le Discovery Tour change-t-il la valeur historique du jeu ?
Le Discovery Tour consacré à l’Égypte ancienne utilise le monde d’Origins en retirant le combat et la logique de quête pour proposer des visites guidées conçues avec des historiens et des égyptologues. C’est un indice important de la quantité de recherche effectuée sur l’architecture, les pratiques, la religion et la vie quotidienne.
Il faut néanmoins distinguer le Discovery Tour du scénario principal. Le mode pédagogique cherche à expliquer et contextualiser ; l’histoire de Bayek, elle, reste une fiction dramatique. Les deux utilisent le même décor mais n’ont pas la même fonction.
Ce qu’Origins simplifie ou transforme
Le jeu rapproche géographiquement des régions éloignées, réduit les temps de voyage, simplifie les rivalités politiques et relie plusieurs événements à l’Ordre des Anciens. Il donne également à Bayek et Aya un rôle décisif dans des épisodes où ils n’ont évidemment aucune existence historique.
En revanche, les grandes forces en présence sont bien choisies : dynastie ptolémaïque en crise, influence romaine croissante, opposition entre Cléopâtre et Ptolémée XIII, présence de César, importance d’Alexandrie et coexistence de traditions grecques et égyptiennes.
Verdict : réel, transformé ou inventé ?
Réels : l’Égypte ptolémaïque, Cléopâtre VII, Ptolémée XIII, Jules César, la guerre dynastique, Alexandrie, Memphis, Gizeh et le contexte d’influence romaine.
Inspirés mais adaptés : la fonction de Medjaÿ de Bayek, la taille et l’organisation des villes, les distances, certains détails architecturaux et la représentation condensée de la société égyptienne.
Fiction Assassin’s Creed : Bayek et Aya tels que racontés par le jeu, l’Ordre des Anciens comme moteur secret de la crise, la naissance des Hidden Ones et leur influence sur les événements politiques.
Pour poursuivre le Pilier 3
Revenez au hub Histoire réelle vs Assassin’s Creed, puis poursuivez avec le dossier Guerre du Péloponnèse dans Assassin’s Creed Odyssey : histoire réelle et fiction, consacré à Athènes, Sparte, Périclès, Cléon, Brasidas et aux libertés prises par le jeu.




